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Restitutions. Une histoire culturelle et politique : deux ans après ?


DEUX ANS DÉJÀ ! Le 15 octobre 2021, les Éditions Belopolie, fondées par Alexandre Curnier, publiait notre essai Restitutions. Une histoire culturelle et politique.


Pierre Noual. Restitutions. Une histoire culturelle et politique : deux ans après ?


Deux ans d’étonnements. – Nous avons été étonnés de l’accueil timide de la presse culturelle alors que la presse d’informations générales a été généralement beaucoup plus encline à mettre en avant l’essai – et que nous tenons à remercier tout particulièrement. De plus fort, nous avons été surpris de l’absence d’échanges sur les pistes de réflexions de cet essai, en particulier avec les institutions publiques muséales françaises, les parlementaires, tout autant qu’avec les universitaires. Un constat renforcé par le fait que la majorité des ventes – d’un livre en rupture de stock auprès de l’éditeur et du diffuseur – se sont réalisées hors de France : en Europe (Allemagne, Italie, Royaume-Uni, Finlande, Suisse, etc.), aux États-Unis et en Asie. Comment expliquer l’intérêt mesuré de la France pour ce premier essai en la matière qui tente, modestement, de comprendre, d’analyser, d’expliquer et de penser l’avenir des restitutions culturelles ? Nous ne pouvons être juge et partie.

« Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ». – Dans ce silence – dont nous n’avons ni amertume ni regret –, nous avons également vécu une période extrêmement riche en rencontres, en échanges, en conseils et en analyses de la part d’experts, là encore, étrangers. Dans cet esprit bouillonnant, cumulé à une intense production de lois d’émotions patrimoniales et de révolutions jurisprudentielles, il est apparu nécessaire de remettre notre pensée sur le métier. Aujourd’hui, nous préparons une édition augmentée ou seconde édition – c’est selon – afin d’offrir aux lecteurs spécialistes, amateurs ou simple curieux, une vision la plus juste et la plus actualisée sur cette question essentielle. Ce travail est ainsi l’occasion d’ajuster certains développements et d’ouvrir de nouveaux ponts vers l’histoire et les initiatives étrangères. Après tout, telle est l’idée qui a procédé à cet essai : celle d’une pierre et non l’édifice. Cette nouvelle édition ne sera pas une fin mais bien une porte ouverte à de nouvelles constructions patrimoniales sur lesquelles seront bâties de nouvelles recherches qui irrigueront un espace de réflexion, de connaissance et d’expérimentation car les restitutions ne dénaturent pas le champ du patrimoine culturel mais elles lui octroient sa maturité.

Des biens culturels déchirés par l’Histoire. – Deux après, la voie tracée par la France est-elle toujours la bonne ? À l’occasion d’une rencontre en petit comité au sein d’une ambassade, nous avons été frappés par le fait que l’avenir des restitutions se jouait aujourd’hui vers l’étranger. Pourquoi ? La réponse est simple : les pays étrangers œuvrent réellement et efficacement pour le développement et le recrutement de chercheurs de provenances. Sans ces derniers – souvent méconnus ou bloqués par des autorités tutélaires de bon ou de mauvais aloi – aucune politique de restitution mesurée ne peut voir le jour. Il faut embrasser dans son entièreté la question et non distinguer les provenances pour éviter un inéluctable « deux poids deux mesures ». Au-delà, il s’agit peut-être, et surtout, pour chaque acteur culturel et patrimonial de s’interroger « que puis-je faire pour les restitutions ? » et non « qu’est-ce que les restitutions peuvent faire pour moi ? ».

Et demain ? – Deux ans après notre constat s’impose malheureusement toujours : « Les restitutions placent au cœur du débat le patrimoine, la culture et l’histoire, et insufflent une nouvelle dynamique d’échanges et de respect [...]. [Toutefois] l’avenir ne pourra se jouer qu’au regard de la capacité des pouvoirs publics à assurer les échanges scientifiques et culturels entre les institutions muséales du monde entier. C’est dans cette pérennité que se trouvera la réponse, car si la restitution est politique, elle est avant tout culturelle. Mais les pays occidentaux sont-ils prêts à se donner les moyens de défendre une culture de la restitution dans la mesure où, comme l’ont démontré André Chastel et Jean- Pierre Babelon, l’action d’un pays envers son patrimoine ‘‘se reconnaît au fait que sa perte constitue un sacrifice et que sa conservation suppose des sacrifices’’ ? Face aux refus embarrassés des musées occidentaux, il serait possible d’admettre qu’il s’agit là bien plus d’une ‘‘joyeuseté inquiète’‘ que d’une ‘‘sombre vision’’ selon la formule d’Antonio Gramsci. Il y aurait donc moins un ‘‘pessimisme moral’’ qu’un ‘‘pessimisme de méthode’’ ; ne vaudrait-il pas mieux être dans l’inquiétude qui nous entoure plutôt que dans la béatitude et la naïveté de penser que tout finira par s’arranger un jour ? Sans un sursaut de nos contemporains, rien ne pourra s’améliorer. La voie des restitutions est ouverte et il faut continuer. L’attente n’a que trop duré ».

Last but not least. – Je ne peux que remercier mon éditeur Alexandre Curnier pour sa confiance, sa patience et sa persévérance à faire vivre et à faire exister Restitutions. Une histoire politique et culturelle. Que notre secrétaire de rédaction Nicolas Emmanuel Granier, nos conceptrices graphiques Juliane Cordes et Corinne Dury, ainsi que Guillaume Lefer trouvent ici ma profonde gratitude. Merci à Louis à qui l’avenir de ce livre doit tant.


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